Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /2009 12:22

Le dernier moment

 

En cas de stress ou d’incertitude, j’ai toujours la fâcheuse habitude de repousser mes impératifs au dernier moment. Bien qu’au niveau administratif, la procrastination m’ait enfin lâchée, on ne peut pas en dire autant de la création. Logique, quelque part : cela n’a aucun sens d’appuyer comme un con sur un flacon (tiens, ça fait deux cons dans la même phrase) de Pousse-Mousse vide en espérant en voir couler la promesse délicieuse d’une propreté imminente. Le problème de la création artistique est qu’elle ne se pond pas à volonté. Et c’est tant mieux.

Il y a quelques mois, je me plaignais de ne pas avoir assez de choses à dire. Oh, j’aurais pu remplir le vide avec une logorrhée soulante. Je suis très forte à ce jeu-là. Donnez-moi un thème, je blablate dessus pendant des plombes alors que je pourrais tout bêtement choisir le trio sujet-verbe-complément en allant à l’essentiel. Je ne sais pas faire. Tel est mon défaut majeur.

2 Unlimited a été pondu dans la douleur. Je traversais une période… de merde, pour faire simple, et travailler sur cet album a été non pas comme un exorcisme, mais comme un dégueuloir. Exorciser sous-entend que tout démon quitte le corps, et s’en va gambader pour emmerder quelqu’un d’autre ou pour bouder, vaincu, au pays des vilains. Il y a, dans le processus du vomissement, une constante biologique gênante qui soulignera parfaitement la comparaison énoncée précédemment : vire les morceaux, garde l’acidité.

 

J’eus peur de ne plus rien avoir à raconter, après ce premier album. Une sorte de sensation fortement désagréable issue d’une réflexion somme toute débile, admettons-le sans aucune honte… Voilà. Ma vie était finie, j’avais ciblé les grandes lignes. J’avais fait un bilan succinctement profond – ou profondément succin, au choix- d’événements passés, d’intérêts divers, et n’avait plus rien à sortir sans risquer de tomber dans la redondance. « J’ai mal… - Ah ? –Oui. -… - J’ai mal… -Ah ? –Oui. -… -J’ai… -Ah, ta gueule ! ». Je me suis trompée, et comme il faut.

 

Il y a un avantage certain à être hors-normes ( je préfère ce mot à anormal, n’y voyez aucune prétention.). Lorsqu’on salue votre façon de vivre, votre facilité à communiquer, à avoir cet esprit punk à chiens sans le goût pour les addictions qui vont avec, à sauter dans les flaques d’eau sur le parking d’un centre commercial devant une armées de pilotes de caddie hébétés qui expliquent à leurs gamins de 4 ans qu’ils ont passé l’âge de le faire, de préférer en chier financièrement –et je pèse mes mots- dans un boulot qui vous passionne plutôt que d’obtenir un capès en langues et de vous ennuyer à crever dans un avenir assuré, rassurant, et emmerdant au possible, on en oublie l’essentiel. Il y a un an et des brouettes, j’ai été diagnostiquée surdouée. J’ai pris cette nouvelle comme l’annonce d’une maladie grave. Ceux à qui je l’ai annoncé se sont divisés en trois camps : les méprisants, les compréhensifs et les mal-informés. Les méprisants ont conclu que j’étais prétentieuse. Etre surdoué, c’est se la péter à mort. C’est sous-entendre qu’on sait mieux que vous, et mieux que tout le monde, que vous êtes des ignorants et que vous n’avez qu’à vous écraser, parce qu’on est plus intelligents que vous. Et tiens ! Les compréhensifs ont pris le temps de m’écouter, et m’ont dit que surdouée ou pas, ils m’aimaient comme j’étais, avec mon cerveau tordu. Les mal-informés n’ont pas compris pourquoi, à ce jour, si j’étais si surdouée que ça, je n’étais pas ingénieure dans l’aérospatial ou Prix Nobel. Mouais. Sauf que… Les surdoués ne sont pas des êtres envahis par une forme d’intelligence supérieure. Ils sont envahis par une intelligence autre. Cette forme d’intelligence, qui n’a rien à voir avec la culture, est en lien direct avec l’exacerbation des émotions et la façon d’appréhender le monde. Le surdoué est une personne qui ressent trop, en permanence. Tout est violent chez lui. Les ressentis, les sentiments, et certaines capacités sensorielles, d’ailleurs. Couplez cela à un besoin permanent d’apprendre –même le mode d’emploi d’une cafetière fait l’affaire-, des problèmes attentionnels plus ou moins sévères, une empathie beaucoup trop développée, une façon très … étrange de voir le monde, et une lucidité de vieux depuis tout petit. Je résume en trois lignes, mais la réalité de la chose est là. Vous obtenez un être humain qui rumine depuis tout petit, qui ne trouve jamais sa place au sein de la société et de sa propre vie, et qui fait de l’angoisse son manteau de pluie. Vous obtenez un petit extra-terrestre qui pleure dès qu’une émotion le submerge, qui sombre en dépression à 5 ans, qui fait de sa vie d’enfant une sorte de laboratoire expérimental de vie d’adulte. Autrement dit, à l’âge de 6 ans, j’en avais 12, à 15 ans, j’en avais 25. Aujourd’hui, j’en ai biologiquement 28, mais en substance, j’ignore l’âge que j’ai.

Après ce diagnostic, j’ai mis quelques semaines à digérer. J’ai été dans l’incapacité d’admettre que je serais toujours ainsi, car je l’avais toujours été, et qu’il fallait désormais construire ma vie avec ce pilier-là. Beaucoup de surdoués finissent par se suicider. Il faut le savoir. Autant vous dire que si cette particularité permettait de se la péter, je ne sais pas trop à quel niveau il serait possible d’en jouer. Imaginez-vous un instant : vous arrivez dans un pays étranger avec des coutumes que vous ne comprenez pas. On vous parle une langue que vous ne comprenez pas, on a des attitudes que vous ne comprenez pas, des modes de vie que vous ne comprenez pas. Vous avez beau vous battre pour vous intégrer, au bout de dix ans, vous ne captez toujours rien. Cependant, vous avez la possibilité d’écrire un mémoire de 1000 pages sur le sujet. Vous décririez tout, analyseriez tout, mais votre conclusion tiendrait en peu de mots : qu’est-ce que je fous là ? En gros, voilà le problème d’un surdoué, dans son propre environnement.

Suite à cela, j’ai fini par être obligée d’accepter et d’en tirer le meilleur. Il y a quelques avantages à se sentir étranger à tout. Cela vous plonge dans un processus de questionnement permanent, et vous entretenez malgré vous un dialogue conflictuel avec vous-même. Hyper-anxieux, vous tournez et retournez des problèmes insolubles dans votre crâne.

 

Et cela donne des textes de Pin-Up Went Down. Cela donne une implication plus intime dans les textes de 342.

 

On vous avait promis un album différent ; on ne vous a pas menti. PUWD est toujours aussi barré, assume totalement les contrastes improbables et l’insertion de styles pas toujours appréciés de nos amis les metalleux. Cependant, exit la technopouffedancefloor, exit les gogotheries waveuses. Place à quelque chose de plus mélodique, extrême (sisi !), progressif et viscéral. Nicolas et Alexis ont pris le temps de composer un album beaucoup plus technique que le premier. Tu n’en n’aimes des plans à la Messhuggah ? T’en auras, oreille fidèle. Tu n’en n’aimes de la basse technique qui suinte le move your body sur du thrash ? Bingo. Beaucoup plus fouillé que le premier, ce deuxième album sera aussi plus cohérent dans ses structures. Les frères Damien n’ont pas hésité à inclure dans 342 leur amour des mélodies qui s’envolent, des intros et outros pétries d’émotion, des refrains ultra-pop que tout le monde pourra chanter dans sa voiture au feu rouge sans passer pour un matraqué auprès des conducteurs voisins. Alexis n’a pas lésiné sur les plans batterie. Monsieur est batteur avant tout, et là, il assume pleinement. J’ai pour ma part composé deux morceaux (Escargot et Vaginaal Nathrakh). L’un d’entre eux a subi une petite chirurgie esthétique, parce qu’il avait le cul plein de cellulite et le nez cabossé. Alexis signe donc l’intro et l’outro de Vaginaal Nathrakh, et a fourré son nez dans le dossier pour parfaire mon premier méfait. Cet album comportera 11 titres, et a la fierté d’accueillir dans ses rangs le chanteur de Disillusion, Andy Schmidt, sur Vaginaal Nathrakh. Un deuxième guest devait apparaître, mais faute de temps pour lui, il passe la main, et sera sûrement présent sur le troisième album. Ca fait chier, mais c’est comme ça.

Par asphodel - Publié dans : Pin-Up Went Down
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